Je me suis envolée pour le Sri Lanka avec la peur au ventre. Je n’avais jamais mis les pieds en Asie, j’avais feuilleté distraitement le guide Lonely Planet acheté quelques semaines avant mon départ, je savais où je dormais les deux premières nuits et ensuite le néant. Je ne savais absolument pas dans quoi je m’embarquais. Autour de moi, dans le même souffle on me disait que j’allais tripper ma vie et que les agressions sur les femmes étaient un réel danger. Je me suis mise à absorber tout ce stress et à craindre ce qui allait m’attendre de l’autre côté de l’océan. Tellement que je suis embarquée dans l’avion un peu à reculons.

Quelque part au-dessus de l’Atlantique, j’ai lâché prise. Quand l’avion s’est posé à Colombo, la capitale du pays, mes inquiétudes sont tombées pour de bon. Ça y est, j’étais en vacances, pour de vrai.

La ville que je découvre au lendemain de mon arrivée est bruyante, polluée, accablée d’une chaleur étouffante. Les voitures, les tuk tuk et les piétons se battent pour un bout de route, c’en est étourdissant. Les rues débordent de marchands qui vendent de tout et de rien, mais surtout, pour une raison que j’ignore, des sous-vêtements tout neufs. Les affichages des commerces sont en format XL, les langues se mélangent et les odeurs aussi. Et au beau milieu de cette jungle urbaine, les plus beaux temples que j’ai jamais vus. C’est ça le Sri Lanka, des contrastes. Du beau et du laid, parfois l’un à côté de l’autre. C’est saisissant et dépaysant sans jamais être choquant. Je pensais vivre le gros dépaysement, mais ça s’est plutôt fait doucement. Peut-être parce que tout le pays est bordé par l’océan Indien et de l’eau à perte de vue, ça calme, ça berce. Peut-être aussi parce que partout, la nature se donne en spectacle. Il y a l’eau, les montagnes, les champs de thé, les couchers de soleil et les animaux qu’ici on croiserait qu’au zoo.  

Après deux journées à Colombo, mon amie et moi prenons le train, direction Kandy, ville où débute le hill country, la région où les montagnes et les champs de thé se succèdent. Au Sri Lanka, le train est une expérience en soi. C’est un mode de transport assez facile et surtout très abordable. Il n’est pas rare que les wagons débordent et que les gens se balancent à l’extérieur du train, toujours en mouvement. Les fenêtres et les portes sont grand ouvertes. Pour s’imprégner de la beauté des paysages nous sortons nos têtes et un sourire permanent se dessine sur nos lèvres. Quelques jours plus tard, le trajet entre Nuwara Eliya et Ella nous charme tout autant. C’est tellement beau. Je n’arrive pas à croire que je suis ici, c’est surréel. Dire que j’ai falli laissé ma peur me retenir à Montréal...

Je me dis la même chose lorsque j’atteins le sommet de Adam’s Peak à l’aube, pour voir le soleil se lever au-dessus de la vallée de Nuwara Eliya. Les légendes veulent que c’est ici qu’Adam ait été déposé après sa création. Les Sri Lankais croient aussi qu’une cavité qu’on retrouve au sommet de la montagne représente l’empreinte de pied de Bouddha. C’est un lieu très sacré. Je me sens privilégiée d’y être. On a dû commencer à gravir les quelque 5000 marches vers 2h du matin et, préparées comme on est, on l’a fait dans la quasi noirceur, mais tout ça nous importe peu une fois rendues au sommet. Les nuages sont assez présents et on n’a pas la vue qu’on s’était imaginée, mais on s’en fout, c’est beau quand même. J’ai les yeux pleins d’eau et des frissons de gratitude me traversent le corps. C’est l’un des plus beaux moments que j’ai jamais vécus. Le monde est vraiment vaste. J’en ai la preuve sous les yeux.

En descendant, on voit tout le chemin qu’on a dû parcourir pour y arriver. Les montagnes, les chutes d’eau et le soleil nous saluent au passage. La descente est plus ardue que l’ascension. On est fatiguées et on a mal aux genoux. On croise plusieurs hommes qui s’apprêtent à faire le chemin inverse avec de grosses poches de roches qui pèsent plus de 80 livres sur leur dos. C’est pour que les touristes ne glissent pas sur les marches! Ils prennent le temps de nous dire bonjour et continuent leur chemin. Pour eux c’est le quotidien, pour nous c’est un effort surhumain, un acte héroïque. Ça remet les choses en perspective et on a soudainement moins mal.

De retour à Montréal, je retourne souvent en pensée au Sri Lanka. Je me souviens du beau et du laid et de tous les échanges qu’on a eu avec les habitants qui voulaient s’assurer qu’on avait une impression favorable de leur pays. On leur répondait oui à tous les coups. Parce que la nature est belle et abondante et la bonté des gens l’est tout autant. Il suffit de regarder et de laisser la peur de côté.

-Anabel


À propos d'Anabel Colin

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Anabel adore découvrir le monde à travers les voyages et les rencontres. Elle est nouvellement adepte du yoga et de la course et elle aime beaucoup trop les podcasts et le popcorn. Elle écrit aussi un blogue personnel qu’on peut lire par ici : aworldofpretty.com